La Pendule

Publié le 9 Septembre 2014

La Pendule

À gauche. À droite. Encore et encore. L’aiguille descend à droite, avant de monter à gauche. Ce sont ces mouvements qui nous effraient le plus, qui augmentent le stress qui croit en nous. On se dépêche, ou on se dit qu’on a le temps et on traîne, avant de se dépêcher à nouveau.

La pendule, elle, elle s’en moque. Tout ce qu’elle fait, c’est montrer l’heure. Compter les secondes, les minutes, les heures. Ça la fait rire, si elle ne sourit pas encore.

J’aimerais savoir ce que ça fait que de compter le temps pour les autres. Sans leur accorder une minute de répit. Les regarder courir parce qu’on n’offre aucune chance. Certains la regardent, la suppliant d’accélérer son rythme, mais elle garde la même cadence depuis des millénaires.

Elle indique la rotation de la Terre qui, elle aussi, se moque de notre avis.

Cependant, nous avons en permanence cette illusion de changement de rythme. On pense que la journée a été longue, alors que la précédente a filé sans qu’on ait eu le temps de profiter d’elle.

Ce doit être amusant d’être aussi sadique. Tic-tac, tic-tac. Sans relâche, sans dernière chance. Même à la mort d’un homme, elle continue de tourner pour les autres, sans se préoccuper de la perte de son possesseur. Elle n’accélère pas particulièrement le temps d’un chagrin et ne la ralentit pas pour le bonheur. Chaque jour de fête, chaque anniversaire passe aussi vite ou aussi lentement qu’une journée sans importance particulière.

Mais ce que je trouve amusant, c’est que les gens portent sur eux cette source de stress. Jamais on ne regarde l’heure avec neutralité. Toujours, on se dit « déjà ? » ou « encore ?! ». On compte les heures qui nous restent avant de rentrer chez nous. Ou les minutes qui restent avant d’atteindre le bureau.

On attend midi pile, se disant que ce sera la pause, alors qu’on mange vers treize heures. On s’impose une heure pour se coucher, mais nous finissons toujours par y aller plus tard. Le matin, c’est pire : le réveil sonne, on l’éteint et on désire se reposer davantage. Mais cette satané pendule se moque de notre fatigue et continue à faire avancer le temps en cachette, en silence, sans nous prévenir.

Bien sûr, c’est plus simple de jeter la faute sur une pendule. Rare sont les fois où on se remet sérieusement en question.

Dans une autre vie, je veux être une pendule. Mon travail ? Compter jusqu’à soixante, et ce mille quatre cent quarante fois par jour. Rien de plus, mais rien de moins. Et j’observerai dans le silence et le sourire les hommes, les femmes et les enfants courir pour tenter de rattraper le temps perdu. Certains me demanderont d’accélérer, je refuserai. Certains me demanderont de ralentir, je refuserai tout autant. C’est bien plus reposant d’imposer que de suivre.

J’observe cette pendule encore et encore en pensant à tout ça. Quarante minutes. Il me reste encore quarante minutes, avant d’avoir le plaisir de la retrouver. Et je sais que si je le demande, la pendule ne la fera pas venir plus rapidement.

La Pendule

Rédigé par Malika Hess

Publié dans #Textes

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