Le Violoniste

Publié le 7 Octobre 2014

Le Violoniste

Il joue encore au milieu des gens qui circulent en essayant de l’ignorer. Peut-être parce que ce n’est pas le tube de l’été ou leur musique préférée. Mais il continue à enchaîner les notes comme des perles sur un fil. Il observe les passants, adultes et enfants. Certains regards s’attardent brièvement sur lui, avant de se retourner sur le chemin qu’ils empruntent.

Par contre, heureusement pour le musicien, quelques pièces tombent sur l’étui du violon laissé grand ouvert à cet effet.

Cependant, personne ne se rend compte que ces belles et douces mélodies colorent la ville. Ce tas de briques géants retrouvent un semblant de gaieté le temps d’une musique entraînante ou romantique, tout comme le cœur des citadins.

Lui-même perdu dans sa musique, il ferme les yeux et joue encore et encore, laissant son humeur prendre le dessus pour s’exprimer en mélodies. Il n’entend plus que son violon, les gens marcher et discuter et les pièces tomber devant lui. Toute cette simplicité – voire cette banalité – lui plaît tant qu’il se met à sourire sans s’en rendre compte.

La ville retrouve la vie avec ses musiques. Elle change de nationalité et d’humeur selon les partitions. Pour lui, c’est tout ce qui importe. L’argent n’est qu’un supplément. Mais le plus beau, dans ses performances, c’est l’écho de son instrument qui s’éparpille dans les rues pour se perdre dans les oreilles des gens. Peut-être que ceux-ci essaient de les chasser, tandis que d’autres les accueillent avec délice et plaisir. Tout cela dépend d’eux, c’est leur choix. Nul n’est l’envie du violoniste d’imposer sa musique dans la tête du peuple.

Une fois cette musique terminée, il ouvre enfin les yeux.

Les cloches sonnent, il est six heures du soir. Il est temps pour le violoniste de rentrer chez lui pour retrouver sa mère et son petit frère qui l'attendent pour souper. Il mettra les quelques pièces qu'ont gagnées les mélodies et les émotions de son violon dans une tirelire.

La ville retrouve son silence morose et perd ses couleurs. L'ennui est revenu, les mélodies n'égaie plus rien, ni personne. La cité découvre ce sentiment qu'ont les arbres quand ils perdent leurs feuilles en automne.

Cependant, ce jour-là, un homme a entendu et écouté notre violoniste. Et cet homme l'aidera à atteindre l'apothéose.

Le Violoniste

Rédigé par Malika Hess

Publié dans #Textes

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