"Mon Âme Vendue" Extrait N°4

Publié le 17 Août 2014

Bonjour à tous !

Le 4ème extrait est arrivé !

C'est tiré du chapitre 1, avant que la vie de Connor ne bascule à jamais...

Enjoy ;)

Arrivé à la porte sur laquelle est écrit le nom de mon supérieur en lettre dorées, je toque et attends sa réponse. Je tends l’oreille en même temps que je regarde ma lettre. Elle m’a l’air bien, mais si elle ne plait pas au patron, je suis mal barré. À ma grande surprise, il me répond avec joie :
– Entrez, entrez donc !
Les sourcils froncés, j’hésite à entrer. Autant d’énergie et de vivacité de la part de monsieur Kendie n’existe pas.
Tout simplement parce qu’il méprise autant ce boulot que moi.
Bon, finalement, ça ne doit pas être si mal… peut-être que sa femme est enceinte, ou peut-être que sa mère est décédée. Sinon, je ne sais pas ce qui le mettrait d’aussi bonne humeur, ce matin.
Je hausse les épaules et tourne la poignée pour ouvrir le battant. Le siège de Kendie me fait dos et il a l’air de se tenir droit. Sans que je n’aie pu prononcer un traître mot, je le vois légèrement écarter les bras sans décoller ses coudes des accoudoirs.
– Ah, Ashley !
Ah bah oui… la nouvelle secrétaire. Son arrivée n’est pas passée inaperçue, moi-même je la trouve séduisante.
– J’espère que vous n’avez pas trop adouci mon café, dit-il en se tournant vers moi.
Si je m’attendais à recevoir une jolie demoiselle aux atouts dépassant mes espérances, blonde, aux jambes fines et au tailleur exagérément court, et que je vois à ma porte mon gros porc d’employé, j’aurais réagi comme lui.
Il semblait aux anges, mais désormais, il tire une tête blasée, désenchantée, autoritaire et incroyablement déçue, tandis qu’il se laisse tomber contre le dossier de son fauteuil qui grince sous son poids.
– Ah, ce n’est que vous, Drews…
– Bonjour, monsieur Kendie, dis-je humblement.
J’ai l’impression d’être intimidé et innocent face à lui, mais au fond, je veux prendre mon café et le rejoindre dans son bureau pour qu’on puisse tous les deux se plaindre de ce temps et de ce job. Et après, contre toute attente, je me plaindrai de lui.
Robert Kendie est un patron ingrat, impitoyable et très fatigant. Il se plaint à longueur de journée de son travail et du temps qu’il fait. Peu importe ce qu’il se passe, il pourrait même gagner des millions de dollars, de toute façon il trouve l’inconvénient en chaque chose. Même s’il est issu d’une famille productive et respectable, Kendie a dû comprendre un truc de travers pour autant gâcher la réputation de sa famille heureuse.
Et bien sûr, inclus dans le cliché du travail… personne n’aime monsieur Kendie.
Pourquoi ? Parce qu’il aboie pour tout et pour rien et parce qu’il nous arrache les ailes, alors qu’il a perdu les siennes depuis longtemps. Combien de fois je l’ai entendu recevoir des employés ayant commis une faute de rien du tout dans son bureau, écraser un dictionnaire devant eux et leur demander de chercher la définition de licenciement ?! À chaque fois qu’il fait une faute, il nous fait porter le chapeau – moi particulièrement ; je suis son souffre-douleur officiel. Et on dirait bien qu’il a été formé pour ça, parce qu’il utilise toujours des arguments crédibles.
Ce type est un monstre, un lâche et un nuage gris cachant notre soleil.
J’aurais bien voulu être une jeune femme sexy… car dans ce bureau, ce sont elles qui réussissent le mieux et qui montent le plus haut possible dans la hiérarchie.
– Que voulez-vous ?
Je m’approche de lui et lui tends la feuille.
– Vous faire vérifier mon mail pour monsieur Therman.
Sans répondre, il la prend en me jetant un regard méfiant.
Maintenant j’ai peur.
Si elle est mauvaise, il est capable de me jeter dehors.
Je sens une large et douloureuse boule de salive descendre péniblement le long de mon œsophage. Ma gorge se noue sur elle-même et m’empêche de respirer. Il y a aussi une douleur dans ma bedaine, mais j’ignore s’il s’agit de mon angoisse ou de ma faim.
Les yeux de monsieur Kendie parcourent le long de ma feuille. Le reste de sa tête ne bouge pas. Il l’étudie comme la plus mystérieuses des énigmes.
Un mouvement de sa tête fait soudainement naître des feux d’artifices de joie en moi.
Il hoche la tête !
Il acquiesce !
Il accepte !
Mes poumons se gonflent comme des ballons de fête foraine et mon souffle s’échappe de mon nez comme la fumée sifflante d’une locomotive. Il se caresse le menton – qui est mieux rasé que le mien, d’ailleurs – en gardant son air songeur et concentré.
– Pas mal… c’est pas une lettre parfaite, mais je suis obligé de vous avouer, Drews, que je m’attendais à vraiment pire de votre part, dit-il sur un ton las en me redonnant la feuille. Vous pouvez l’envoyer.
Je peux parfaitement lire la fatigue et la lassitude en son regard. Il ne me montre pas sa fierté en mon travail, ni la moindre reconnaissance pour le service que je lui rends.
Il se laisse à nouveau tomber contre le dossier de son fauteuil – le faisant grincer à nouveau – et me fait un geste impatient de la main en se retournant vers le mur vitré de son bureau donnant vue sur Times Square.
– Disposez.
Sa voix me fait sortir de ma rêverie euphorique et orgueilleuse. Je cligne quelques fois des yeux, avant de calmer mon sourire et faire un signe reconnaissant de la tête.
– Euh, oui. Merci, monsieur Kendie.
– Merci à vous.
Je tourne les talons et m’en vais en fermant la porte derrière moi.
Je me sens bien.
J’ai fait du bon travail et monsieur Kendie m’en a fait part ! Je savais qu’il y a du bon en lui ! Mais je chasse cette pensée, sachant que demain, s’il sera un peu mieux éveillé, il va me crier dessus, me décourager et me mettre la pression pour une erreur qu’il aura commise.
En sortant de la salle, je vois Tim lever la tête vers moi, curieux.
– Alors ?
Je passe devant lui en levant mon pouce. Ravi, il lève à son tour le sien et me tend sa main au-dessus de son ordinateur. Aussi enthousiaste que lui, je m’approche et claque sa main.
– T’as assuré, me dit-il.
Je hoche la tête, reconnaissant, et retourne à mon bureau. Mon fauteuil grince beaucoup plus que celui de monsieur Kendie quand je m’assieds dessus. À chaque fois que je m’assois, j’ai toujours l’impression que mon fauteuil va céder sous mon poids.
Il faut vraiment que j’arrête de m’engloutir une boîte de crème glacée et une bouteille de vodka à chaque fois que je pense à Natacha. Je lui accorde peut-être trop d’attention.
Mon téléphone professionnel sonne. J’attends toujours trois sonneries avant de répondre. Quand je décide de décrocher, je souris et tire une mine d’imbécile heureux qui aime un job que tout le monde méprise. Comme si le soleil brillait.
Comme si tout allait bien dans ma vie.
D’une voix joviale, je m’exclame :
– Bonjour, Connor de Walter Steven Dawn Company, comment puis-je vous aider ?
Une voix de vieillard – qui semble avoir de la peine à parler – me répond :
– Bonjour, c’est monsieur Daston. J’ai un souci, les panneaux solaires que j’ai commandés hier ne sont toujours pas arrivés.
Je cherche son dossier sur mon ordinateur et le trouve ; effectivement, Christopher Daston a commandé ses panneaux hier. Et comme il habite à Boston, les préparations et la livraison prennent minimum deux jours.
– Oui, je comprends, monsieur Daston. Justement, vous avez passé votre commande hier vers deux heures et demie, n’est-ce pas ?
– Oui, c’était hier… je ne sais plus à quelle heure, mais c’était hier, et alors ?
– Eh bien normalement, les commandes arrivent au moins quarante-huit heures après l’appel.
Je n’entends plus rien. Il hésite, ou… ?
– C’est-à-dire ? finit-il par demander.
En fait il attendait que j’ajoute quelque chose. L’embarras étire mes lèvres, pendant que j’ai l’impression de parler avec un demeuré. Je ferme les yeux pour enfermer mes moqueries derrière mes dents et les ranger dans un coffre que je verrouille à double tour au fond de mon cerveau.
– C’est-à-dire que vos panneaux solaires vont arriver demain entre une heure et trois heures de l’après-midi.
– Mais j’en ai besoin maintenant, de ces panneaux, monsieur !
Je ne veux pas avoir affaire à cet imbécile fini pendant longtemps. Je compose le numéro d’un collègue, avant d’obliger ma voix à me donner l’air gentil.
– Oui, je comprends, monsieur Daston. Je vais vous mettre en relation avec le service des commandes. Merci de votre appel, au revoir.
J’appuie sur le transfert et raccroche, rassuré d’en avoir fini avec ce vieux machin.
J’ai envie de me resservir de café… il faut donc que je descende de deux étages pour aller à la cafétéria… avec ce temps pluvieux, mes collègues de mon étage et de celui d’en-dessous ont déjà épuisé les stocks de café, d’après ce que j’ai entendu. Et je ne suis pas motivé de prendre l’escalier.
On va donc prendre l’ascenseur…

Que va-t-il se passer ? La réponse juste ici !

Si, à sa place, vous auriez pris l'escaliers, vous pouvez vous abonner à ma newsletter ou commenter ce post !

Bien à vous,

Malika H.

Rédigé par Malika Hess

Publié dans #Extraits

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