"Voela" : Extrait N°1

Publié le 22 Octobre 2016

J’ai brossé toute la journée, les genoux enfoncés dans le bois.

J’ai compté combien de fois j’ai fait le tour de ce pont ; cependant, je n’ai pas osé compter le nombre de fois où on a sali mon chemin, où on m’a sifflée, humiliée, ou provoquée. L’équipage ne s’est guère lassé de se moquer de moi.

J’ai retenu mes larmes toute la journée. De toute manière, j’aurai toute la nuit pour pleurer.

La lune s’est levée. Depuis notre déjeuner, je n’ai pas revu le capitaine. Tant mieux ! Moins je le vois, mieux je me porte.

Tout l’équipage s’en va se coucher. L’absence des matelots ramène un semblant de légèreté dans l’air.

La mer devient plus douce.

Le ciel s’étoile.

Le vent caresse.

Puis, voilà qu’il arrive : Nicolin.

C’est avec amusement que je constate qu’il ne cessera peut-être jamais de sourire.

D’où lui vient cette joie de vivre ?

Puisqu’il est désormais la seule personne en qui je fais confiance sur ce navire, je m’approche de lui et m’assois sur la dernière marche des escaliers menant au gouvernail.

Son sourire s’étire davantage, quand il pose les yeux sur moi.

– Bonsoir, Cassandra.

– Bonsoir, Nicolin.

L’allégresse de son visage est communicative, à ma grande surprise.

– Comment vas-tu ?

– Pas mieux qu’hier, soupire-je. J’ai dû laver le pont cinq fois, puisque je n’ai pas répondu aux cinq questions que m’a posées le capitaine.

Il me lance un regard étonné.

– Tu n’as pas fourni de réponses ?

– Non.

– Mais il le faut ! s’inquiète-t-il. Il est le capitaine de ce vaisseau, je te signale.

– Les seules personnes que je considère supérieures à moi sont celles qui ont un cœur en or, pas celles qui possèdent de l’or.

– Malheureusement, il ne pensera pas comme toi. Tu n’as pas le choix.

À nouveau, je soupire et laisse mon regard s’évader sur l’horizon.

– N’y a-t-il aucun moyen de s’échapper ? pense-je tout haut.

Il tourne lentement la tête vers moi. Je ne vois guère son visage, mais je sens sa compassion me tenir les épaules, comme les mains d’un père bienveillant.

– La mort est la seule issue, Cassandra.

Ces mots crispent mon corps. Je le dévisage, dévastée et impuissante.

Cependant, je vois des étoiles d’espoir briller en ses yeux, allez savoir pourquoi. Il se penche vers moi en gardant son éternel sourire, et se fait si proche que je sens son souffle se répandre sur mes lèvres.

– Dans deux jours, nous mouillerons dans une île. Tu pourras faire semblant de rester à bord du navire. Et à l’heure qui suivra le départ de l’équipage, à toi se présentera l’occasion de retrouver ta liberté.  

Rédigé par Malika Hess

Publié dans #Extraits

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